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Je porte une forme d'Autisme dite syndrome d'Asperger.
J'ai été jusqu'à l'ĝe de 42 ans dans un état de suradaptation sociale, au prix de gros efforts, pour être intégré socialement, j'ai fini par "craquer" et j'en ai pleuré plusieurs heures par jour durant 4 ans environ. Cette décompensation aurait pu être grave.
J'ai perdu mes amis (était ce vraiment des amis?) quand j'ai exprimé ce que je retenenais depuis longtemps: mon besoin d'être serré, tenu fermement et longtemps dans leur bras (et ça me fait plaisir aussi de le rendre si on me le fait, ce n'est pas à sens unique).
Après de nombreuses recherches j'ai eu la confirmation que ce besoin était plus ou moins généralisé chez les autistes, ou alors c'est le contraire (trop d'enjeu, trop de difficulté dans le passé à l'éprouver). L'envie de "faire ça" est aussi généralement refoulée  car intriqué dans une ambiguïtée sexuelle, du coup dénié, mal accepté, au point de ne pas pouvoir savoir si les gens sont honnêtes avec eux même en ce domaine. Les trisomiques 21 et les autistes qui ne sont pas en état de protection sont ceux qui en ont le plus besoin... Il est tentant de mettre cela sur le compte de l'autisme, mais c'est plutôt le résultat d'une carence psychologique sur-ajoutée du au passé vécu "en autiste" surtout en début de vie, qui a empêché de partager à l'âge de profiter légalement des câlins donnés par les grandes personnes. D'où plus tard le besoin d'expérience de "réparation" de ce manque accumulé.

Il importe que cette expérience soit forte, ce n'est pas le simple geste d'être entouré ou une accolade qui reste sur le plan symbolique. Ce qui compte est de la sensation, bien ressentir une forte contenance et un temps suffisant pour s'abandonner dans cette sensation, se sentir "petit" et dominé physiquement est important, essentiel même.

Pouvoir faire ce partage appaise miraculeusement les tensions, mais à condition que ce soit autorisé, et cette autorisation n'est pas acquise d'emblée dans un monde homophobe qui confond tout rapprochement physique avec un rapport sexuel: du coup, la peur et la honte s'interpose. Ce "sabotage" se produit même au sein de structures térapeuthiques pour autistes (c'est toujours transposé sur quelque chose de symbolique qui remplace), du coup, il faut compter sur les amis, même pas sur des térapeuthes.. mais les amis sont structurés 'normallement", par la société et sont programmés ainsi: ils ont peur d'un tel contact et le refusent systématiquement ou ne peuvent pas...

Une autiste médiatisée, Temple gredin, ne pouvant obtenir cela "des autres" (les humains) s'était fait une machine "à calins" (voir le film). Le serrage fort et fréquent lui a permis de ne pas être trop stressé dans ses études. Je pense qu'un système de serrage mécanique m'aiderait aussi mais tout de même il faut une certaine sensualité et un sentiment de complicité affective difficile à tirer d'une machine inerte. J'ai trouvé un paliatif partiel dans le massage qu'apportent les cascades, mais personne d'assez costaud à la fois physiquement apte et ouvert à cette question n'a pu m'aider en ce domaine (des années, des décennies de recherche): techniquement serrer fort quelqu'un d'un plus petit gabarit dans ses bras est facile pour un altérophile, un sportif, ou quelqu'un de fort grand et musclé mais ce sont précisément ceux là qui pourraient le faire qui me le refusent systématiquement. Ceux qui veulent bien essayer de le faire sont des, jeunes ados, des femmes ou hommes éféminés, et n'ont pas assez de force et de musculature, sont trop jeunes ou trop vieux pour avoir le tonus nécéssaire à cette expérience. Je peux leur donner par contre ce que j'aimerais recevoir,  mais du coup  je ne reçois pas, il faudrait pour cela que je puisse vivre une empathie cognitive pour le sentir à travers eux, mais ça ne marche pas: j'ai besoin de recevoir moi pour le ressentir aussi et j'attend encore de partager cela.